Revue de février : discrimination systémique, stratégie de défense et présence militaire accrue, Accord de Paris, Tartupalik

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L’ONU, par la voix du rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, Cali Tzay, a pointé l’ampleur de la discrimination raciale structurelle et systématique exercée au sein du Royaume du Danemark sur les inuit du Groenland, soulignant des obstacles pour ceux et celles-ci de jouir pleinement de leurs droits humains (ONU, 10 février 2023). Parmi les illustrations récentes, le rapporteur souligne la campagne de stérilisation forcée des femmes groenlandaises, les cas d’enfants groenlandais enlevés à leurs familles au Danemark ou encore l’absence de consentement libre, préalable et éclairé concernant les projets touristiques et d’infrastructures. Sur le plan de la gouvernance arctique, Rasmus Leander Nielsen et Jeppe Strandsbjer, deux universitaires à l’Université de Nuuk, soulignent l’importance du Conseil de l’Arctique pour le Groenland, malgré la position très claire du gouvernement groenlandais dès le déclenchement de la guerre en Ukraine (Altinget, 22 février 2023). Cette position s’illustre dans les récents propos de la ministre des affaires étrangères groenlandaise, Vivian Motzfeldt, qui signifie que “le Groenland doit être prêt à accroître la présence militaire sur son territoire” (Sermitsiaq, 12 février 2023). Le ministre des affaires étrangères danois, Lars Løkke Rasmussen, entend renforcer l’implication du Groenland et des Îles Féroé dans la stratégie de défense du royaume (High North News, 10 février 2023). Enfin, de nouvelles évaluations suggèrent que l’entrée du Groenland dans l’Accord de Paris se fasse sur la base du modèle féroïen, qui pourrait notamment permettre aux secteurs des matières premières et du transport maritime de ne pas être couvert par des engagements contraignant (Sermitsiaq, 14 février 2023). Par ailleurs, au début du mois, l’accord Canada-Danemark/Groenland sur l’île Tartupaluk a été officiellement signé par le ministre des Affaires étrangères danois (Sermitsiaq, 16 février 2023).

– February Review: systemic discrimination, defense strategy and increased military presence, Paris Agreement, Tartupalik

The United Nations, through the voice of the Special Rapporteur on the rights of indigenous peoples, Cali Tzay, has pointed out the extent of structural and systematic racial discrimination exercised within the Kingdom of Denmark against the Inuit of Greenland, underlining the obstacles for them to fully enjoy their human rights (UN, 10 February 2023). Among the recent illustrations, the rapporteur highlights the campaign of forced sterilization of Greenlandic women, the cases of Greenlandic children kidnapped from their families in Denmark or the absence of free, prior and informed consent concerning tourism and infrastructure projects. In terms of Arctic governance, Rasmus Leander Nielsen and Jeppe Strandsbjer, two academics at the University of Nuuk, emphasize the importance of the Arctic Council for Greenland, despite the very clear position of the Greenlandic government at the outbreak of the war in Ukraine (Altinget, February 22, 2023). This position is illustrated by the recent words of Greenland’s foreign minister, Vivian Motzfeldt, who means that “Greenland must be prepared to increase the military presence on its territory” (Sermitsiaq, 12 February 2023). Danish Foreign Minister Lars Løkke Rasmussen intends to strengthen the involvement of Greenland and the Faroe Islands in the kingdom’s defense strategy (High North News, 10 February 2023). Finally, new assessments suggest that Greenland’s entry into the Paris Agreement should be based on the Faroese model, which could, among other things, allow the raw materials and shipping sectors to be exempt from binding commitments (Sermitsiaq, 14 February 2023). In addition, earlier this month, the Canada-Denmark/Greenland agreement on Tartupaluk Island was officially signed by the Danish Minister of Foreign Affairs (Sermitsiaq, 16 February 2023).

La guerre en Ukraine pourrait-elle contribuer à une présidence groenlandaise du Conseil de l’Arctique ?

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D’après un chercheur à l’Université de Cambridge, la guerre en Ukraine pourrait être l’une des raisons pour lesquelles le Groenland pourrait obtenir la présidence du Conseil de l’Arctique. 

Si la Russie détient actuellement la présidence du Conseil de l’Arctique, l’ensemble des Etats membres ont décidé de suspendre leur participation. Pour le chercheur en politique internationale dans l’Arctique, Marc Jacobsen, cette situation pourrait permettre au Groenland d’obtenir la présidence du Conseil en 2025-2027. En juin dernier, le Groenland a déjà affirmé son désir d’une implication accrue au sein du Conseil de l’Arctique. Un accord signé avec le royaume du Danemark tend à affirmer que le Groenland devrait être le premier à parler et à signer au Conseil de l’Arctique. Par ailleurs, la volonté d’une coopération renforcée avec les île Féroés alimente l’idée d’un rôle accru du Groenland au sein des organes de gouvernance régionale. Il n’est également pas impossible qu’à l’avenir, le chef de délégation soit groenlandais et qu’il dispose d’un bureau à Nuuk et non à Copenhague. Si le cabinet du ministère des Affaires étrangères à Nuuk semble aujourd’hui sous-dimensionné, la nouvelle stratégie de politique étrangère et de sécurité du gouvernement, qui témoigne d’une concentration accrue sur l’Arctique, pourrait d’après Marc Jacobsen conduire à reconsidérer l’implication du Groenland dans les instances de coopération régionale.

– Could the war in Ukraine contribute to a Greenlandic chairmanship of the Arctic Council?

According to a researcher at the University of Cambridge, the war in Ukraine could be one of the reasons why Greenland might get the chairmanship of the Arctic Council.

While Russia currently holds the chairmanship of the Arctic Council, all member states have decided to suspend their participation. For the researcher in international politics in the Arctic, Marc Jacobsen, this situation could allow Greenland to obtain the chairmanship of the Council in 2025-2027. Last June, Greenland already stated its desire for increased involvement in the Arctic Council. An agreement signed with the Kingdom of Denmark tends to affirm that Greenland should be the first to speak and sign in the Arctic Council. In addition, the desire for enhanced cooperation with the Faroe Islands fuels the idea of an increased role for Greenland in regional governance bodies. It is also not impossible that in the future the head of delegation will be Greenlandic and that he will have an office in Nuuk and not in Copenhagen. If the office of the Ministry of Foreign Affairs in Nuuk seems to be undersized today, the government’s new foreign and security policy strategy, which shows an increased focus on the Arctic, could, according to Marc Jacobsen, lead to a reconsideration of Greenland’s involvement in regional cooperation bodies.

Sources : Sermitsiaq, Altinget

Vers une coopération plus étroite entre le Groenland et les îles Féroé

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A l’occasion d’une rencontre officielle, le Groenland et les îles Féroé ont affirmé la volonté d’une coopération plus étroite dans le domaine de la pêche, de l’éducation maritime, du tourisme, de la rationalisation de l’administration publique, ainsi que la politique de défense et de sécurité, tout en affirmant un objectif de paix dans l’Arctique.

A l’occasion d’une visite officielle du gouvernement féroïen au Groenland, les premiers ministres féroïens, Bardur á Steig Nielsen, et groenlandais, Múte B. Egede ont affiché une volonté de coopération accrue et mis en exergue plusieurs domaines pour une coopération renforcée : les accords de pêche de 1997 qui doivent être révisés, l’éducation maritime, la rationalisation de l’administration publique, le tourisme, etc. Une emphase particulière a été mise par les deux dirigeants sur la politique de défense et de sécurité ; pour Múte B. Egede, “il n’est pas acceptable que [le Groenland et les îles Féroé] ne soient pas impliqués dans la prise de décision lorsqu’il s’agit de choses qui ont des conséquences dans nos pays”. Bardur á Steig Nielsen a soutenu la mise en place d’un comité de contact, “de sorte que malgré notre faible population par rapport au Danemark, nous obtenons une plus grande marge de manœuvre en matière de politique étrangère, de défense et de sécurité”. Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les deux dirigeants politiques ont clairement indiqué que le Groenland et les îles Féroé travaillent pour la basse tension dans l’Atlantique Nord. Le premier ministre féroïen a estimé: “il est nécessaire que nous ayons une surveillance afin que nous sachions ce qui se passe. Nous ne savons pas ce qui se passe dans l’espace aérien au-dessus des îles Féroé […]. Je crois absolument qu’un radar d’avertissement aérien aide à maintenir la basse tension dans la région”. Plus sobrement, le premier ministre groenlandais a vanté “le dialogue actif avec le Danemark”.

Towards closer cooperation between Greenland and the Faroe Islands

On the margins of an official meeting, Greenland and the Faroe Islands shared the desire for closer cooperation in the field of fisheries, maritime education, tourism, rationalization of public administration, as well as defense and security policy, while affirming an objective of peace in the Arctic.

On the margins of an official visit of the Faroese government to Greenland, the Faroese Prime Minister, Bardur á Steig Nielsen, and the Greenlandic Prime Minister, Múte B. Egede showed a willingness for increased cooperation and highlighted several areas for enhanced cooperation: the 1997 fisheries agreements that need to be revised, maritime education, streamlining of public administration, tourism, etc. Particular emphasis was placed by the two leaders on defense and security policy; for Múte B. Egede, “it is not acceptable that [Greenland and the Faroe Islands] are not involved in decision-making when it comes to things that have consequences in our countries. Bardur á Steig Nielsen supported the establishment of a contact committee, “so that despite our small population compared to Denmark, we get more room for participation in foreign, defence and security policy. Following Russia’s invasion of Ukraine, both political leaders made it clear that Greenland and the Faroe Islands are working for low tenison in the North Atlantic. The Faroese Prime Minister said: “It is necessary that we have surveillance so that we know what is going on. We do not know what is happening in the airspace over the Faroe Islands […]. I absolutely believe that an airborne warning radar helps to keep the tension low in the region”. More soberly, the Greenlandic Prime Minister praised “the active dialogue with Denmark”.

Sources : KNRSermitsiaq.