English below.
Après avoir reçu une fin de non-recevoir de la part de la présidence suédoise du Conseil Nordique quant à la demande de participation pleine du Groenland, des îles Féroé et Åland, Múte B. Egede, le premier ministre groenlandais a mis en suspens sa participation au Conseil Nordique et au Conseil des Ministres nordiques jusqu’à ce que “le respect mutuel et l’égalité” soient rétablis (Naalakkersuisut, 7 mai). Le premier ministre groenlandais a précisé : “Je ne peux pas continuer à participer à des événements où il y a de la discrimination entre les participants.” (Sermitsiaq, 8 mai). Pour rappel, le Conseil Nordique (N5) regroupe le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande. En 2023, la résidence islandaise avait invité les N8 (N5 + le Groenland, les îles Féroé et Åland) au sommet estival (Altinget, 2 mai). Ce boycott groenlandais doit être compris à la lumière de la nouvelle stratégie étrangère, de sécurité et de défense “Greenland in the world – nothing about us, without us”, dans laquelle le Grenland entend jouer un rôle prédominant dans les instances de gouvernance régionale (voir ici). Plus tôt, le demande pour plus d’égalité au sein du Conseil Nordique formulé par les îles Féroé avait été sèchement rejetée (Altinget, 2 mai). A ce sujet, les îles Féroés ont voté leur nouvelle stratégie arctique dans laquelle est réaffirmée la volonté “d’obtenir une voix indépendante dans toutes les organisations et tous les domaines de coopération concernés” (Eye on the Arctic, 13 mai). Par contraste à la situation au sein du Conseil Nordique, la récente visite d’Ursula von der Leyen aux îles Féroé et au Groenland, et la future présidence danoise du Conseil de l’UE en 2025, augure d’un renforcement de leur coopération avec l’Union Européenne (Altinget, 29 avril). Sur le plan régional, le Groenland pourrait aussi bénéficier d’un rôle accru au sein du Conseil de l’Arctique, lorsque le Danemark en prendra la présidence tournante en 2025 (High North News, 14 mai). La question des matières premières et des terres rares est particulièrement scrutée par les dirigeantes et dirigeants européens, alors que fin 2023, le Naalakkersuisut (gouvernement groenlandais) et l’UE ont conclu un accord de partenariat sur les chaînes de valeur durables pour les matières premières (voir ici). Le Groenland possède 25 des 34 matières premières que la Commission européenne considère comme essentielles pour pouvoir produire, entre autres, des éoliennes et des voitures électriques. Soulignant l’échec de la Chine avec le Groenland à ce sujet, Margrethe Vestager, Commissaire européen à la Concurrence, considère que si des mesures incitatives européennes sont possibles “ce sont les Groenlandais qui doivent décider en premier lieu de la manière dont ils souhaitent que ces ressources soient utilisées. Et il est absolument essentiel que ce soient les Groenlandais qui soient chargés de déterminer comment cela deviendra une réalité” (Altinget, 7 mai). Au Danemark, le parlement a voté un nouvel accord de défense à hauteur de 95 milliards de couronnes sur 2024-2033, lequel prévoit la création d’une brigade prête au combat de 6 000 soldats, l’acquisition d’une défense aérienne basée au sol et l’extension de la conscription à 11 mois (Altinget, 1 mai). Un accord séparé a également été conclu sur l’égalité totale dans la conscription ; les femmes pourront donc être obligées de faire leur service militaire à partir du 1er janvier 2027 (Altinget, 30 avril). Enfin, aux Nations Unis, Sara Olsvig, la porte parole de l’Iuit Circumpolar Council, s’est inquiétée des conséquences de la diminution des contributions des États à l’ONU sur les droits des peuples autochtones (Sermitsiaq, 3 mai). L’an dernier, le rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, José Francisco Calí Tzay avait dans son rapport dénoncé les discriminations subies par les groenlandaises et les groenlandais dans l’accès à leurs droits, ainsi que les politiques danoises particulièrement violentes (notamment la campagne de stérilisation des filles et des femmes dans les années 1960-70) (voir ici).
– May Review: Greenland suspends its participation in the Nordic Council, the EU and rare earths
After receiving a refusal from the Swedish presidency of the Nordic Council to allow Greenland, the Faroe Islands and Åland to participate fully, Múte B. Egede, Greenland’s prime minister, has put his participation in the Nordic Council and the Nordic Council of Ministers on hold until “mutual respect and equality” are re-established. Egede, the Greenlandic Prime Minister has suspended his participation in the Nordic Council and the Nordic Council of Ministers until “mutual respect and equality” are re-established (Naalakkersuisut, May 7). The Greenlandic Prime Minister clarified, “I cannot continue to participate in events where there is discrimination between participants.” (Sermitsiaq, May 8). The Nordic Council (N5) comprises Denmark, Sweden, Norway, Finland and Iceland. In 2023, the Icelandic residence had invited the N8 (N5 + Greenland, the Faroe Islands and Åland) to the summer summit (Altinget, May 2). This Greenlandic boycott must be understood in the light of the new foreign, security and defense strategy “Greenland in the world – nothing about us, without us”, in which Grenland intends to play a predominant role in regional governance bodies (see here). Earlier, the Faroe Islands’ request for greater equality within the Nordic Council was curtly rejected (Altinget, May 2). On this subject, the Faroe Islands have voted in their new Arctic strategy, which reaffirms the desire “to obtain an independent voice in all relevant organizations and areas of cooperation” (Eye on the Arctic, May 13). In contrast to the situation within the Nordic Council, Ursula von der Leyen’s recent visit to the Faroe Islands and Greenland, and Denmark’s forthcoming presidency of the EU Council in 2025, augurs well for closer cooperation with the European Union (Altinget, April 29). On a regional level, Greenland could also benefit from an enhanced role in the Arctic Council, when Denmark takes over the rotating presidency in 2025 (High North News, May 14). The issue of raw materials and rare earths is under particular scrutiny by European leaders, as at the end of 2023, the Naalakkersuisut (Greenlandic government) and the EU signed a partnership agreement on sustainable value chains for raw materials (see here). Greenland possesses 25 of the 34 raw materials that the European Commission considers essential for the production of wind turbines and electric cars, among other things. Pointing to China’s failure with Greenland in this respect, Margrethe Vestager, European Commissioner for Competition, considers that if European incentives are possible “it is the Greenlanders who must decide in the first instance how they want these resources to be used. And it is absolutely essential that it is the Greenlanders who are responsible for determining how this becomes a reality” (Altinget, May 7). In Denmark, parliament passed a new 95 billion kroner defense agreement for 2024-2033, which includes the creation of a 6,000-strong combat-ready brigade, the acquisition of ground-based air defense and the extension of conscription to 11 months (Altinget, May 1). A separate agreement was also reached on total equality in conscription; women could therefore be obliged to do military service from January 1, 2027 (Altinget, April 30). Finally, at the United Nations, Sara Olsvig, spokeswoman for the Iuit Circumpolar Council, expressed concern about the consequences of the reduction in state contributions to the UN on the rights of indigenous peoples (Sermitsiaq, May 3). Last year, the Special Rapporteur on the Rights of Indigenous Peoples, José Francisco Calí Tzay, denounced in his report the discrimination suffered by Greenlanders in access to their rights, as well as particularly violent Danish policies (notably the campaign to sterilize girls and women in the 1960s-70s) (see here).