Le rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, José Francisco Calí Tzay a rendu son rapport à la suite de sa visite au Groenland en février dernier. Le rapport pointe notamment les discriminations subies par les groenlandaises et les groenlandais dans l’accès à leurs droits, ainsi que les politiques danoises particulièrement violentes (notamment la campagne de stérilisation des filles et des femmes dans les années 1960-70) qui ont suivies la période coloniale, qui s’est formellement achevée en 1953. Le rapporteur préconise d’engager “un processus de réconciliation afin d’aborder l’héritage du colonialisme et du racisme et, avec la participation des Inuit, d’élaborer des solutions et des politiques efficaces” (UN, 11 septembre). Un autre préconisation rejoint la demande exprimée au Folketing, le parlement danois, par Aki-Matilda Høegh-Dam de pouvoir s’exprimer en groenlandais et féroïens. A ce sujet, le président du Folketing, Søren Gade, qui s’était montré favorable à la mise à disposition d’interprètes, a finalement tranché, il s’agira pour les membres élus du Groenland et des îles Féroé de traduire eux-mêmes leurs discours au Folketing s’ils s’expriment dans leur langue maternelle. Certaines déclarations et rapports seront également traduits (DR, 21 septembre). Alors que le développement du tourisme de croisière s’est développé considérablement au Groenland ces dernières années et que le gouvernement groenlandais étudie la mise en place d’une taxe pour les passagers (KNR, 31 août), au début du mois de septembre, le navire de croisière Ocean Explorer s’est échoué avec 206 personnes à bord dans l’Alpefjord au nord-est du Groenland. Les passagers ont pu être secourus avec le concours du navire de recherche Tarajoq de l’Institut de la nature (DR, 14 septembre). “Les navires de croisière qui naviguent dans les eaux groenlandaises et dans les fjords ont tous obtenu l’autorisation de naviguer dans nos eaux” précise Vivian Motzfeldt, nouvelle ministre des affaires étrangères et de l’indépendance, “mais la situation qui s’est créée montre clairement que nous devons travailler pour garantir des exigences légales strictes, claires et sans ambiguïté à partir de la saison prochaine” (Sermitsiaq, 13 septembre).
– September review: UN Special Report, multilingualism at the Folketing and Ocean Explorer
The Special Rapporteur on the rights of indigenous peoples, José Francisco Calí Tzay, issued his report following his visit to Greenland last February. The report highlights the discrimination suffered by Greenlanders in accessing their rights, as well as the particularly violent Danish policies (notably the campaign to sterilize girls and women in the 1960s and 70s) that followed the colonial period, which formally ended in 1953. The rapporteur calls for “a process of reconciliation to address the legacy of colonialism and racism and, with the participation of the Inuit, to develop effective solutions and policies” (UN, September 11). Another recommendation is in line with Aki-Matilda Høegh-Dam’s request to the Folketing, the Danish parliament, to be able to express herself in Greenlandic and Faroese. Folketing President Søren Gade, who had been in favor of providing interpreters, has now decided that elected members from Greenland and the Faroe Islands will be able to translate their speeches to the Folketing themselves if they speak in their mother tongue. Certain statements and reports will also be translated (DR, September 21). While cruise tourism has grown considerably in Greenland in recent years, and the Greenlandic government is considering the introduction of a passenger tax (KNR, August 31), in early September the cruise ship Ocean Explorer ran aground with 206 people on board in the Alpefjord in northeast Greenland. The passengers were rescued with the help of the Nature Institute’s research vessel Tarajoq (DR, September 14). “Cruise ships operating in Greenlandic waters and fjords have all obtained permission to sail in our waters,” says Vivian Motzfeldt, the new Minister for Foreign Affairs and Independence, “but the situation that has arisen clearly shows that we must work to ensure strict, clear and unambiguous legal requirements from next season onwards” (Sermitsiaq, September 13).



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One response to “Revue de septembre : Rapport spécial de l’ONU, plurilinguisme au Folketing et Ocean Explorer”
[…] Après avoir reçu une fin de non-recevoir de la part de la présidence suédoise du Conseil Nordique quant à la demande de participation pleine du Groenland, des îles Féroé et Åland, Múte B. Egede, le premier ministre groenlandais a mis en suspens sa participation au Conseil Nordique et au Conseil des Ministres nordiques jusqu’à ce que “le respect mutuel et l’égalité” soient rétablis (Naalakkersuisut, 7 mai). Le premier ministre groenlandais a précisé : “Je ne peux pas continuer à participer à des événements où il y a de la discrimination entre les participants.” (Sermitsiaq, 8 mai). Pour rappel, le Conseil Nordique (N5) regroupe le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande. En 2023, la résidence islandaise avait invité les N8 (N5 + le Groenland, les îles Féroé et Åland) au sommet estival (Altinget, 2 mai). Ce boycott groenlandais doit être compris à la lumière de la nouvelle stratégie étrangère, de sécurité et de défense “Greenland in the world – nothing about us, without us”, dans laquelle le Grenland entend jouer un rôle prédominant dans les instances de gouvernance régionale (voir ici). Plus tôt, le demande pour plus d’égalité au sein du Conseil Nordique formulé par les îles Féroé avait été sèchement rejetée (Altinget, 2 mai). A ce sujet, les îles Féroés ont voté leur nouvelle stratégie arctique dans laquelle est réaffirmée la volonté “d’obtenir une voix indépendante dans toutes les organisations et tous les domaines de coopération concernés” (Eye on the Arctic, 13 mai). Par contraste à la situation au sein du Conseil Nordique, la récente visite d’Ursula von der Leyen aux îles Féroé et au Groenland, et la future présidence danoise du Conseil de l’UE en 2025, augure d’un renforcement de leur coopération avec l’Union Européenne (Altinget, 29 avril). Sur le plan régional, le Groenland pourrait aussi bénéficier d’un rôle accru au sein du Conseil de l’Arctique, lorsque le Danemark en prendra la présidence tournante en 2025 (High North News, 14 mai). La question des matières premières et des terres rares est particulièrement scrutée par les dirigeantes et dirigeants européens, alors que fin 2023, le Naalakkersuisut (gouvernement groenlandais) et l’UE ont conclu un accord de partenariat sur les chaînes de valeur durables pour les matières premières (voir ici). Le Groenland possède 25 des 34 matières premières que la Commission européenne considère comme essentielles pour pouvoir produire, entre autres, des éoliennes et des voitures électriques. Soulignant l’échec de la Chine avec le Groenland à ce sujet, Margrethe Vestager, Commissaire européen à la Concurrence, considère que si des mesures incitatives européennes sont possibles “ce sont les Groenlandais qui doivent décider en premier lieu de la manière dont ils souhaitent que ces ressources soient utilisées. Et il est absolument essentiel que ce soient les Groenlandais qui soient chargés de déterminer comment cela deviendra une réalité” (Altinget, 7 mai). Au Danemark, le parlement a voté un nouvel accord de défense à hauteur de 95 milliards de couronnes sur 2024-2033, lequel prévoit la création d’une brigade prête au combat de 6 000 soldats, l’acquisition d’une défense aérienne basée au sol et l’extension de la conscription à 11 mois (Altinget, 1 mai). Un accord séparé a également été conclu sur l’égalité totale dans la conscription ; les femmes pourront donc être obligées de faire leur service militaire à partir du 1er janvier 2027 (Altinget, 30 avril). Enfin, aux Nations Unis, Sara Olsvig, la porte parole de l’Iuit Circumpolar Council, s’est inquiétée des conséquences de la diminution des contributions des États à l’ONU sur les droits des peuples autochtones (Sermitsiaq, 3 mai). L’an dernier, le rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, José Francisco Calí Tzay avait dans son rapport dénoncé les discriminations subies par les groenlandaises et les groenlandais dans l’accès à leurs droits, ainsi que les politiques danoises particulièrement violentes (notamment la campagne de stérilisation des filles et des femmes dans les années 1960-70) (voir ici). […]
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